Une carrière se construit rarement en ligne droite. La mienne a débuté en France, bifurqué vers l’Écosse, traversé l’Angleterre et l’Australie — avant de retrouver Bordeaux avec un tout nouveau projet.
Quitter la France : Aberdeen et les sciences

En 2002, je m’inscris à Robert Gordon University (RGU) à Aberdeen, en Écosse. J’y obtiens un BSc en Biological Sciences (2002–2004) puis un MSc en Instrumental Analysis Sciences (2004–2005). Étudier en Écosse était un choix réfléchi : la culture de la recherche, la rigueur des programmes et la proximité avec des instituts de sciences environnementales de rang mondial faisaient d’Aberdeen un cadre exceptionnel. De plus, j’avais une réelle incitation pour améliorer mon anglais et découvrir de nouvelles personnes et traditions.
En parallèle de mes études, je travaille à temps partiel au Rowett Research Institute, l’un des centres de référence au Royaume-Uni en microbiologie intestinale et nutrition. Une première immersion dans la rigueur scientifique et dans la conviction que l’analyse de données rigoureuse est au cœur de toute affirmation scientifique crédible.
Vers la recherche : James Hutton Institute et BioSS

Après le diplôme, je reste en Écosse et rejoins le Macaulay Institute (aujourd’hui James Hutton Institute) et l’unité Biomathematics and Statistics Scotland (BioSS) (2005–2007). Première exposition professionnelle à la biostatistique à grande échelle : conception d’expériences, modèles mixtes, données écologiques de terrain complexes.
Ces deux années aiguisent mes réflexes pour l’ensemble du cycle de vie de la donnée : collecte rigoureuse, nettoyage méthodique, sélection de modèles, et communication honnête de l’incertitude aux parties prenantes non spécialistes.
Le doctorat : Aberdeen et Warwick

En 2007, je débute une inscription en cotutelle à l’Université d’Aberdeen et à l’Université de Warwick, sous la direction de Brajesh K. Singh. Ma thèse — Land-Use Changes and Methanotrophic Community Structure and Function — examine comment la conversion de prairies en forêts modifie les communautés bactériennes responsables de la consommation du méthane atmosphérique.
Le doctorat combine écologie moléculaire, mesures de flux de gaz, modélisation statistique et travail de terrain en Nouvelle-Zélande et en Écosse. Il aboutit à plusieurs publications évaluées par les pairs et, surtout, à un brevet commercial pour la méthode MT-RFLP (Multiplex Terminal Restriction Fragment Length Polymorphism), un outil de profilage moléculaire haute résolution pour les communautés microbiennes du sol. Diplômé en 2011.
L’Australie : huit ans à Western Sydney University

Mon directeur de thèse Brajesh Singh rejoint le Hawkesbury Institute for the Environment à Western Sydney University (WSU), et je le suis en tant que chargé d’études statistiques (2011–2018). Ces sept années sont intellectuellement décisives.
Les travaux, initialement centrés sur l’écologie des gaz à effet de serre, s’élargissent progressivement : modélisation du carbone du sol, expériences sur le changement climatique, interpolation spatiale par Kriging, classificateurs Random Forest, analyse de séries temporelles. Des collaborations s’engagent avec Imperial College London, l’Université du Minnesota et d’autres équipes internationales.
À mon départ de WSU en 2018, j’avais accumulé plus d’une décennie d’expérience en Machine Learning, modélisation statistique et traitement de jeux de données volumineux, complexes et hétérogènes — les ingrédients de la data science contemporaine, même si le titre de poste était « chercheur ».
Retour à Bordeaux : reconversion professionnelle

Rentré en France en 2018, l’objectif est clair : appliquer la profondeur analytique de la recherche académique aux problèmes d’entreprise. L’enjeu est de traduire des compétences académiques dans un vocabulaire industriel.
Début 2020, je m’inscris à La Piscine Centre de Formation à Bordeaux pour un programme intensif Python / Data Analyst (janvier–novembre 2020). Au programme : Python, SQL, pipelines de Machine Learning, visualisation de données et gestion de projets en méthode agile — le pont pratique entre la biostatistique et le conseil en données.
Ce programme ouvre la porte aux missions chez BIFORA, IMC, puis à mon poste chez EPSYL (ALCEN Group) et, récemment, chez SOFTEAM.
Le trajet de Bordeaux à Aberdeen et retour a pris vingt ans. Ce qu’il a laissé en héritage, ce sont des réflexes analytiques — rigueur, curiosité, scepticisme face au bruit — qu’aucune reconversion professionnelle ne peut effacer.






